« Choc des salaires » : l’arnaque choc de Gabriel Attal
Les déclarations de Gabriel Attal sur la différence entre le salaire brut et le salaire net ont de quoi faire frémir. M. Attal a en effet déclaré : « On a un écart entre le net et le brut qui est trop important, c’est quasiment un scandale national (…) On doit tout faire pour permettre aux salaires d’augmenter (...) en faisant des économies sur notre dépense sociale, en repensant le financement de notre modèle de protection sociale ».
Cette déclaration ne dit cependant rien des conséquences de ce que propose l’ancien Ministre et Premier Ministre dont la part dans la fameuse dérive des comptes public est lourde. Il en appelle certes à des « réformes structurelles » mais, curieusement, celles-ci ne sont jamais clairement explicitées.
Un petit retour sur l’approche défendue par Gabriel Attal et un certain discours dans lequel se retrouvent les néolibéraux, les conservateurs et l’extrême droite s’impose.
Tout d’abord, dans ce discours, il ne doit pas y avoir de hausse des salaires bruts, ce qui signifie que le partage de la richesse créée chaque année ne doit pas changer. Or, elle reste de longue date défavorable aux salaires.
La réduction de l’écart que GabrieL Attal et d’autres appellent de leurs vœux consiste donc simplement à réduire la part salariale des cotisations sociales. En d’autres termes, les salarié·es récupéreraient ce que la Sécurité sociale perdrait. Celle-ci devrait donc (une nouvelle fois si l’on en juge notamment par l’ampleur du coût des « niches sociales ») réduire ses dépenses, ce que souhaite M. Attal, alors que les besoins, eux, ne diminuent pas. Par conséquent, pour prendre en charge les besoins qui ne seraient plus couverts, les assurances et complémentaires privées proposeraient de nouvelles prestations. Et, pour bénéficier d’une couverture sociale (santé, retraite...), les salarié·es verraient leurs contributions aux complémentaires et autres fonds de pensions (défendus par plusieurs personnalités qui proposent « d’introduire une dose de capitalisation ») augmenter, perdant ainsi une partie de la hausse de salaire qu’ils/elles avaient cru engranger dans cette opération. Un transfert de financement et de richesse en forme de tour de passe-passe en quelque sorte. En réalité, ce discours se contente de suivre la logique néolibérale que l’on retrouve, par exemple dans les propositions de supprimer des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires, sans préciser où, comment et quand.
M. Attal ne s’arrête pas là. En appelant à revoir le mode de financement de la Sécurité sociale, il pose les jalons d’une hausse de la TVA , comme d’autres avant lui. Voici quelques années, le projet porté actuellement par Gabriel Attal était vu par certains responsables politiques (comme M. Chertier, alors membre de l’UMP) comme une alternative à la « TVA sociale » (qui suppose, elle, une hausse de la TVA en contre-partie d’une baisse de la part dite « patronale » des cotisations sociales). Or là aussi, ce qui est envisagé consiste en un transfert, au demeurant particulièrement inéquitable et injuste. En effet, la hausse des salaires provoquée par la baisse de la part salariale des cotisations sociales serait également absorbée par ce que les salarié·es devraient payer en TVA tous les jours. En quoi cela est-il, là aussi, un tour de passe-passe en forme d’arnaque ? Il ne faut pas l’oublier : les revenus du travail sont très majoritairement consommés. Pire, les revenus les plus faibles sont intégralement consommés pour faire face aux besoins quotidiens. Ce sont donc eux qui supportent la proportion la plus élevée de leurs revenus en TVA et en impôts sur la consommation. Le pouvoir d’achat d’une grande partie des salarié·es en serait affecté. Une telle hausse de la TVA ne serait donc pas seulement injuste, mais aussi économiquement récessive. En revanche, une hausse des salaires modifierait le partage des richesses et se traduirait par une hausse du pouvoir d’achat qui, accompagnée par une réforme fiscale telle qu’Attac le propose, permettrait une réduction des inégalités et du taux de pauvreté.
Résumons le tout : une hausse du salaire net compensée par une hausse des complémentaires en matière de couverture sociale et de TVA… On a vu mieux comme choc ! Mais au fond, l’objectif de M. Attal est ailleurs : poursuivre l’affaiblissement de la Sécurité sociale (et des services publics), persuadé que le secteur marchand fera mieux, mais sans le dire trop fort, pour ne pas susciter le débat de société dont le pays aurait pourtant besoin.