Rapprocher le salaire net du salaire brut : trompeur, pernicieux, dangereux…

par Équipe de l'Observatoire

Dans la campagne électorale qui s’annonce, certaines voix s’élèvent, prétendant avoir résolu la question du pouvoir d’achat : il « suffirait » de baisser, voire de supprimer, les cotisations sociales salariales, pour augmenter le « net à payer » figurant sur la fiche de paie… Cette proposition est trompeuse, pernicieuse et dangereuse, voici pourquoi.

Les partisans de cette proposition avancent que baisser la part salariale des cotisations sociales revient à rehausser le « net à payer ». Techniquement, ce point est juste puisqu’il s’agit en quelque sorte d’un jeu de vases communicants entre la part salariale des cotisations et le « net à payer ». Mais, en l’absence de hausse globale de la rémunération du travail, formée du total du net à payer et des cotisations sociales (salariales et patronales), les conséquences sont prévisibles : cela appauvrirait les recettes de la Sécurité sociale. Or, vu les besoins sociaux, celle-ci a besoin de recettes…

Qu’adviendrait-il si cela se passait ? La Sécurité sociale ne pourrait offrir la même couverture sociale. Les acteurs privés qui, pour certains, ne rêvent que d’étendre leur champ d’action à des pans aujourd’hui couverts par la « Sécu », parviendraient à leurs fins. Ce faisant, ils factureraient aux ménages les « prestations » actuellement offertes par la « Sécu ». Les ménages perdraient en surcoût de cotisations sociales privées ce qu’ils croient pouvoir gagner par la hausse de leur « net à payer ». Cette mesure est inégalitaire, car les ménages en bas de l’échelle des revenus ne seront pas en mesure d’accéder à une assurance privée plus coûteuse.

On touche là au but recherché par les promoteurs de cette proposition qui opérerait un transfert des finances sociales collectives vers des finances sociales privées. Ce sont en effet les mêmes qui prônent la baisse des dépenses publiques (celles qui financent les services publics et la protection sociale) et, plus globalement, des « réformes structurelles », qui consistent en une régression des droits sociaux, une déréglementation du droit du travail, une ouverture à la concurrence et des privatisations, etc.

« Rapprocher le salaire net du salaire brut » est donc une proposition trompeuse. Elle ne met en avant que le « net à payer » en occultant ses conséquences sur les finances de la Sécurité sociale et, par suite, sur le revenu disponible et le pouvoir d’achat des ménages. Pernicieuse, elle est également dangereuse pour l’un des piliers du « modèle social », la Sécurité sociale, que certains grands acteurs privés rêvent de privatiser, à leur profit.

Bref, vouloir augmenter le pouvoir d’achat en baissant les cotisations sociales, comme le proposent Valérie Pécresse, Marine Le Pen ou Eric Zemmour, est une idée dangereuse qui conduirait à justifier de futures « réformes structurelles » affaiblissant un peu plus les droits des chômeurs ou des retraités. Si l’on veut augmenter le pouvoir d’achat des salariés, il faut augmenter les salaires, à commencer par le SMIC !

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